Actu du jour 2016 : croissance molle et montée des risques

2016 : croissance molle et montée des risques

Pour la 20 ème édition de son Colloque “Risque Pays“, qui s’est tenu mardi à Paris, l’assureur Coface révise à la baisse son évaluation sur pas moins de 15 économies dont des “poids lourds“ (Japon, Canada et Brésil, cf tableau), « une première depuis 2009 » selon son économiste en chef Julien Marcilly. Seuls 4 pays voient leur évaluation améliorée (Hongrie, Lettonie, Italie et Côte d’Ivoire). 2016 sera une année d’incertitude avec des risques multiformes : Brexit et montée du populisme en Europe, élections américaines, tensions géopolitiques au Moyen-Orient avec le retour de l’Iran sur la scène internationale, ralentissement de l’économie chinoise, montée du risque terrorisme… Quant à la faiblesse du prix du baril, au centre de toutes les attentions, « elle devrait rester de mise en 2016 » selon l’assureur. Une certitude : le cours remontera à moyen terme. La question est de savoir quand et dans quelle proportion.

Aux Etats-Unis, le pic de croissance est passé

Ceux qui s’attendaient à une reprise de la croissance mondiale en 2016 devront encore patienter. Elle ne devrait que légèrement progresser (2,7 %), soit quasiment le même rythme que l’année écoulée (2,5 %). Globalement, les pays avancés (2 % de croissance) vont être pénalisés par plusieurs facteurs : faiblesse du cours du pétrole qui devrait se maintenir en 2016 compte tenu de l’excès de l’offre (en partie entretenu par le retour de l’Iran sur le marché et surtout par l’Arabie Saoudite), ralentissement de l’économie chinoise et volatilité des marchés financiers. A noter le Canada qui n’est plus considéré comme un “très bon risque“, en raison de la mauvaise santé de son secteur énergétique. Aux Etats-Unis (2,9 % de croissance attendue), la situation reste bonne mais le pic de croissance semble être dépassé. Les faillites chez les producteurs de pétrole de schiste se multiplient et la période faste du secteur automobile pourrait toucher à sa fin. Très exposé au ralentissement chinois (18% de ses exportations), le Japon est déclassé sous surveillance négative, tout comme Hong Kong et Taïwan, qui subissent les effets de leur promiscuité avec leur voisin chinois.

L’Italie va mieux

En zone Euro (1,7 % de croissance), seule l’Italie, grâce à aux réformes structurelles entreprises par le gouvernement Renzi, voit sa situation s’améliorer aux yeux de l’assureur qui place sa note B sous surveillance positive. Dans l’ensemble, le niveau de défaillances des entreprises européennes tend à s’améliorer (-26 % en Espagne, – 5% en Italie sur les 9 premiers mois de 2015). « Mais le morcellement des partis politiques et la montée des partis extrémistes renforcent le risque de coalitions et d’instabilité des gouvernements nationaux, ce qui se traduit par des comportements attentistes de la part des entreprises européennes » analyse Julien Marcilly.

Il est loin le temps des BRICs

Les pays émergents, quant à eux, n’émergent plus. Il est loin le temps des BRICs et de leur croissance insolente. Mise à part l’Inde, dont la croissance (7,2 %) devrait dépasser celle de la Chine (6,8 %, évaluation dégradée en juin 2015, de A3 surveillance négative à A4), les autres pays sont pris dans une spirale récessionniste ( – 3 % au Brésil, -1,5 % en Russie ). En pleine crise politique, le Brésil voit son évaluation dégradée pour la seconde fois en moins d’un an (évaluation C).

Pays émergents : des entreprises de plus en plus endettées

Chute du prix des matières premières et politiques monétaires expansionnistes depuis la crise des subprimes ont conduit les entreprises des pays émergents à s’endetter. Problème : leur niveau d’endettement atteint désormais des records. L’endettement des entreprises chinoises représente 160 % du Pib chinois, soit une progression de 60% depuis 2008. La dette des entreprises turques a, quant à elle, grimpé de 30 %. Celle des entreprises russes de + 14 %, et 17% pour les sociétés brésiliennes, alors que la croissance de ces économies a été divisée par deux en cinq ans (3,9 % en 2016). Seule l’Europe centrale et notamment la Hongrie (qui passe de A3 à A4) et la Lettonie (évaluée B sous surveillance positive) sont peu touchées. Ces deux économies, dont les exportations sont davantage orientées vers l’Europe de l’ouest que vers la Russie, profitent du léger mieux de la zone euro et ne sont pas affectés par le ralentissement chinois. Enfin, dans ce contexte de hausse des risques pour les entreprises, l’assureur dégrade l’évaluation de 5 pays du continent africain : l’Algérie (B) et le Gabon (C) en raison de leur dépendance aux hydrocarbures, l’Afrique du Sud (B) dont la croissance fléchit ces trois dernières années ( de 1,9% en 2013 à 1,2 % en 2016) et qui fait face à des tensions sociales. Enfin, la Tanzanie (C) et Madagascar (D), ces deux pays étant confrontés à des incertitudes politiques.

Sylvain Etaix

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