Lettre Internationale Risque Pays : Egypte

Risque Pays : Egypte

Transition politique mouvementée

Les larges pouvoirs que le président Morsi – élu en juin 2012 et issu du mouvement islamo-conservateur des Frères musulmans – s’était arrogés, l’approbation controversée d’une constitution élaborée par une assemblée dominée par les islamistes et l’incapacité du régime à améliorer la vie quotidienne des égyptiens ont suscité de vastes mouvements de protestation, provoquant en juillet 2013 la destitution par l’armée du président en place. L’adoption par référendum d’une nouvelle constitution, à la mi-janvier 2014, a marqué la première étape de la « transition démocratique » promise par le Conseil suprême des forces armées. En vertu de ce dispositif de transition, une élection présidentielle s’est tenue fin mai 2014. L’ex-maréchal et ministre de la Défense Abdel al Sissi – qui s’est imposé comme l’homme fort du pays – a remporté une victoire écrasante, mais avec un  faible taux de participation. Doivent suivre des élections législatives, normalement prévues pour octobre 2014. Alors qu’une majorité d’Egyptiens privilégient la stabilité, la période à venir s’annonce très délicate car les autorités n’ont  pas réussi à forger une transition consensuelle : le pays reste en effet profondément divisé entre non-islamistes et islamistes, et les Frères musulmans demeurent puissants malgré l’interdiction qui les frappe et la répression à leur encontre – ayant été déclarés organisation terroriste par les autorités – tandis que manifestations, grèves, violence et attentats terroristes risquent de se poursuivre. De fait, l’instauration d’un régime similaire à celui de l’ex président Moubarak se profile.

Léger rebond de la croissance économique escompté en 2014

Une faible progression de l’activité est attendue en 2014, grâce aux deux plans de relance financés par l’aide de pays du Golfe et à la suite de l’élection d’A. al Sissi à la présidence, sous réserve d’une réelle amélioration de la situation politique, sociale et sécuritaire. Alors que l’économie reste affectée par la relative faiblesse de la consommation des ménages et de la confiance des entreprises, la croissance sera encore soutenue par le niveau élevé des dépenses publiques et leurs retombées sur la consommation et l’investissement, avec une relance de projets d’infrastructures. Une amélioration de la sécurité pourrait entraîner un rebond du tourisme, secteur clé pour le pays (16% du PIB au sens large), mais il sera difficile de retrouver le niveau de touristes d’avant 2011. Quant au Canal de Suez, il devrait bénéficier d’un léger regain du commerce international. D’autre part, les tensions sur les prix resteront élevées, accrues par des distorsions et par la faiblesse de la livre égyptienne.

Poursuite du dérapage des finances publiques

Un creusement du déficit est prévisible au titre de l’exercice budgétaire 2013-14 et un léger tassement escompté pour 2014-15. Une légère progression des recettes est attendue, grâce à l’aide financière de pays du Golfe et à de nouvelles taxes sur les sociétés, mais les dépenses continueront d’augmenter en raison des deux plans de relance mis en place. S’y ajoutent le poids énorme des subventions – représentant un quart des dépenses et près de 10% du PIB, même si celles relatives à l’énergie doivent être réduites – et le coût élevé du service de la dette. Traditionnellement, le financement du déficit budgétaire est majoritairement assuré par le marché local, la dette publique (principalement interne), déjà très élevée, devant encore croître pour atteindre près de 100% du PIB. Avec les changements politiques récents, les aides financières généreuses du monde arabe ont été accrues : une enveloppe de 14 Mds$ a été accordée depuis juillet 2013 par l’Arabie Saoudite, les EAU et Koweït et une aide supplémentaire de 20 Mds$ est susceptible d’être ajoutée par les pays du Golfe à la suite de l’élection du président al Sissi. Ces dons et prêts risquent, néanmoins, de ne fournir qu’un répit temporaire. Parallèlement, l’Egypte a engagé depuis début 2012 des négociations avec le FMI. Toutefois, l’accord de prêt de 4,8Mds$ avec le Fonds – subordonné notamment à une réduction des subventions – a été sans cesse repoussé. Les relations avec le FMI se sont récemment améliorées, les autorités se montrant intéressées par l’assistance technique du Fonds dans la mise en œuvre de réformes économiques incluant l’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée. Il semble, cependant, que le nouveau pouvoir n’est pas intéressé par un crédit stand-by tant qu’il continuera de recevoir une aide financière substantielle et avantageuse des pays du Golfe.

Comptes extérieurs et livre égyptienne toujours sous pression

Les ventes à l’étranger d’hydrocarbures doivent bénéficier de prix encore soutenus, mais la lente reprise économique dans l’UE (représentant environ 30% des exportations et 60% des touristes) et la situation politique problématique maintiendront un effet baissier sur les exportations et les recettes du tourisme. Parallèlement, l’Egypte reste le principal importateur mondial de céréales. Toutefois, les revenus du Canal de Suez devraient être résilients et les transferts bénéficier du dynamisme des pays du Golfe, qui emploient nombre d’égyptiens. Au total, la pression sur les comptes extérieurs restera forte. Le déficit extérieur ne sera que partiellement couvert par les flux d’investissements directs étrangers et, pour le principal, par les aides financières prévues par des pays arabes. La dette extérieure demeurera, ainsi, à un niveau gérable (environ 20% du PIB). Dans ce contexte, le maintien de l’ancrage informel de la livre au dollar reste un défi, mais la monnaie devrait moins se déprécier en 2014 en raison du rétablissement d’une relative confiance des investisseurs depuis l’élection d’A. al Sissi à la présidence fin mai 2014. Néanmoins, la reconstitution des réserves de change sera principalement attribuable aux aides de pays arabes et non à l’amélioration de la balance des paiements. En outre, leur niveau, proche de 3 mois d’importations, reste inquiétant pour un pays qui couvre une grande partie de ses importants besoins alimentaires par des achats à l’étranger.

Secteur bancaire vulnérable

Dominé par des banques d’État inefficaces, le secteur bancaire reste faiblement capitalisé, même s’il est relativement rentable et si le taux des créances douteuses diminue. En outre, les banques, contraintes de participer au financement du déficit budgétaire, sont surexposées au risque souverain égyptien.

Source : Coface

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