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La tribune du commerce international

Thierry Lepercq, Conseiller du Commerce Extérieur - Dg de Rousseau Equipements

2010, la sortie de crise ? 
Mais de quelle crise parlez-vous ?


Il est étonnant de constater à quelle vitesse le consensus se construit autour de l’affirmation que la crise se termine. Tout le monde l’affirme, le patron du FMI, le Président de la FED, Barack Obama, Gordon Brown, sans oublier François Fillon. Le bémol est que ces mêmes gouvernants ne nous indiquent pas quand la crise économique va se terminer.

Fin de la crise ? Il faudrait préciser laquelle : la crise du système financier ?

On ne peut qu’être troublé, quand autant de banquiers de premier rang, affirment que les bilans des banques ont été purgés. Qui se souvient de la déclaration du PDG de la Royal Bank of Scotland en Novembre 2007 qui estimait à 1,7 Md de livres le risque d’exposition de sa banque aux subprimes. Ce montant fut sans rapport avec l‘ampleur des pertes qui suivirent en 2008 : 27,3  Mds d’euros ! Quel est le montant de couverture des risques sur l’immobilier commercial aux Etats-Unis ? Mi-septembre, nous en étions à 92 faillites de banque régionales pour la seule année 2009 et 450 banques américaines sont dans une situation très critique. Quid de la bulle des cartes de crédit aux Etats-Unis : 900 Mds de dollars ! Quel sera le taux de défaillance des emprunteurs avec la montée du chômage et la chute des revenus qui s’accélère. Et les LBO ? Les montages grands et moyens partent en dérapage les uns après les autres ? On ne pourra se contenter de faire rouler les dettes. Il faudra provisionner. Combien de milliards en risques en Europe et aux Etats-Unis. Et l’on ne parle plus du gigantesque en-cours des titres liés aux marchés dérivés. La seule bulle des Credit Default Swaps dépasse 60 000 Mds de dollars. Personne ne peut à ce jour évaluer au plan mondial qui a véritablement assuré qui et sur quels actifs sous-jacents. Quel économiste ou quel analyste est assez instrumenté pour affirmer que sur ce plan, le pire est derrière nous ?

La fin de la crise économique ? Souhaitons-le.
Mais il n’échappe à personne que la reprise du PIB est tirée pour une bonne part par les primes à la casse et les plans de relance. L’investissement privé va-t-il prendre le relais et permettre de débrancher les systèmes de perfusion financés par la dette publique ? D’où vient l’argent de la reprise aux Etats-Unis, sachant que l’économie est financée par le déficit à 70 %, le niveau d’épargne des ménages est voisin de zéro et leur capacité d’endettement très réduite.
 
Fin de la crise des finances publiques ? Personne ne l’affirme, et celle-ci se rapproche à grand pas. L’Islande accumule 100 Mds d’euros de dettes à faire solder par 300 000 habitants. Un siècle ne suffira pas. Et quid de l’Irlande, l’Ukraine, la Hongrie, la Grèce… Le FMI sera-t-il suffisamment doté pour sauver de la faillite ces petits états dès 2010 ? La dette cumulée de l’État américain et des États fédéraux atteint 15 000 Mds de dollars. Les agences de notation, clouées au pilori pour leur « excès de confiance » en 2008, accordent toujours une note triple A aux Etats-Unis malgré le niveau  irrémédiable atteint par l’endettement. L’excellente cotation de Moody’s permet à l’État chinois de continuer à acquérir massivement, en toute confiance, les bons du trésor américain. La créance est sûre. Aucun risque d’inflation signalé pour le prêteur ! Triple A, on croit rêver.

La croissance économique a été pour une partie tirée depuis 15 ans par une consommation dopée par l’endettement et le sentiment de richesse. Le regain de PIB n’est que partiel. Un redimensionnement de l’économie est inéluctable. De 5, 10, 15 % ? Comment savoir ? Lors de la Grande Dépression, le PIB américain a reculé de 50 % en 7 ans. Certes, nous n’en sommes pas là, mais nous pouvons constater que les rares économistes comme Nouriel Roubini ou Joseph Stiglietz, qui avaient anticipé la crise en 2007, puis en 2008, ne manifestent pas un grand optimisme pour l’an prochain. La croissance des pays émergents va-t-elle suffire à neutraliser  nos handicaps et porter la croissance mondiale ? Pour ce qui me concerne, je pense que le scénario d’une rechute de l’économie est le plus probable pour 2010.

Dans le contexte d’une économie durablement difficile, la meilleure voie pour les chefs d’entreprise est de grouper les forces, serrer les liens, croiser les expériences, échanger les informations. Pour garder la forme, se diversifier, innover … et exporter là ou les marchés se tiennent bien. 

Pour le moyen terme, il va de soi que le potentiel des besoins à satisfaire sur la planète est considérable. Il y a tout lieu d’être confiant pour la croissance future. Mais probablement sur la base d’un modèle différent.