FR  /  Août-Septembre 2009  /  La tribune du commerce international

La tribune du commerce international

François David, Président de Coface

“2010, année de la convalescence économique”

Selon François David Président de Coface, l’année 2010 sera celle
de la convalescence de l’économie mondiale ainsi que celle de la croissance du crédit. La reprise devrait être timide mais bien au rendez-vous.


“Le point bas de l’activité économique mondiale a été atteint à la fin du premier semestre 2009. La chute a commencé à se ralentir début 2009 et il faut s’attendre à une légère reprise. Les pays riches comme pauvres ont constaté en même temps ce coup de frein dans la chute de leur économie, à l’exception cependant de la Chine et de l’Inde qui bénéficiaient avant la crise d’une forte croissance et dont les économies se sont relevées plus rapidement. Après un premier trimestre 2009 de forte contraction du commerce mondial (-10%), et de baisse notoire de l’investissement des entreprises, le second semestre de l’année 2009 sera celui de la fin du déstockage et des bénéfices tirés des plans de relance. L’activité s’est ainsi stabilisée et les marchés financiers ont à nouveau un appétit de risque.

“2010 marquera le retour à la croissance pour le crédit”

Un léger rebond du PIB est constaté en France et en Allemagne lors du deuxième trimestre 2009. Les perspectives de timide reprise se ressentent dans le moral des industriels. Au plus bas en France, en Allemagne et aux Etats-Unis à la mi-novembre 2008, trois mois après la faillite de la banque Lehman Brothers, la confiance du secteur manufacturier repart à la hausse. En Août 2009, Environ 35% des industriels allemands et français et 53% des industriels américains interrogés par l’OCDE affirmaient être confiants. Si une amélioration se profile, d’autres pays, en revanche, reviennent de loin. Ceux de la CEI ont été les plus touchés avec un recul de 15,1 points de PIB entre 2007 et 2009, déjà structurellement fragiles avant la crise. Le Japon a été également très touché par la récession mondiale, accusant un recul de son PIB de 8,6 points entre 2007 et 2009, subissant de plein fouet la contraction du commerce mondial. Les pays ne sont donc pas égaux devant une éventuelle reprise.
La fin de la crise de crédit peut être envisagée début 2010, à condition que la reprise soit lente et non fulgurante. Une reprise trop brutale laisserait craindre une rechute toute aussi violente, retraçant les schémas de croissance en « W ».

Le scénario d’une reprise en “L”

Nous comptons sur un scénario en « L » où après un trou d’air de la croissance mondiale fin 2008, la reprise se ferait timidement mais sûrement. La crise du crédit actuelle coïnciderait avec la théorie selon laquelle le secteur doit faire face à une récession tous les six ou sept ans. Nous avions évalué la durée de la crise à 18 mois ou deux ans et la stagnation des croissances à la fin du premier semestre 2009 confirme nos premières estimations. En 2010, la croissance mondiale pourrait atteindre 2,3%, celle des pays industrialisés 1% et les pays émergents 4,9%.
L’année 2010 sera donc celle d’une convalescence économique, avec une croissance positive mais molle car encore touchée par le désendettement des ménages (aux Etats-Unis, en Espagne et au Royaume-Uni) qui pèse sur la demande, la montée et l’inertie du chômage, la hausse de l’euro et la remontée des cours des matières premières. Mais une croissance en « W » reste possible car de nombreuses bulles spéculatives se profilent, notamment sur les marchés immobiliers, boursiers, ou encore sur celui des matières premières. Les surcapacités de production en Chine représentent également un risque. Toutes ces menaces pourraient devenir des dangers si la croissance s’envolait brutalement. »

Propos recueillis par Ariane Puccini